Le déroulement de la cure proprement dite


Ce qui différencie la psychanalyse de la plupart des autres formes de psychothérapies c'est la grande place qu'elle accorde à l'inconscient. Qu'est-ce que l'inconscient ? L'inconscient, comme substantif, n'est pas à confondre avec l'adjectif signifiant une perte de connaissance. L'inconscient, selon la théorie de Freud, est une instance hypothétique de notre psychisme dont nous ne savons rien, c-à-d dont nous ne sommes pas conscient. Cette instance possède un énorme pouvoir, puisqu'elle est à la base de tous nos dires et faires, de toute notre activité mentale. Ce que nous appelons le conscient, est cette infime partie de notre psychisme qui nous donne l'impression d'être conscient de notre existence. Le Moi conscient est celui qui prend les décisions, mais doit pour ce faire tenir compte des autres, tenir compte de sa morale, tenir compte de son désir à lui et tenir compte de l'inconscient qui ne lui souffle mot de son propre désir. Résultat du compte, le Moi doit prendre une décision en n'ayant pas toutes les cartes en main, en réalité il n'en possède qu'une infime partie. C'est ce qui fait que parfois on soit tout surpris de la décision qu'on vient de prendre, ou de ce qu'on vient de dire, car quelque part on s'attendait au contraire Certains en ont une telle expérience négative qu'ils n'osent plus prendre la moindre décision, qu'il confient aux autres ce choix, avec comme conséquences un manque total de confiance en soi et une frustration permanente.

On pourrait imager l'inconscient comme ce double en nous et sur qui nous n'avons pas prise; il se manifeste à notre insu, c'est le M. Hyde caché derrière le brave Dr Jekyll, ce sont ces forces puissantes qui s'opposent à nos désirs, ce sont ces forces qui nous rendent si maladroits mais qui peuvent aussi faire de nous en exemple de politesse et d'altruisme.

De quelles manières se manifeste en général l'inconscient ?

- Les lapsus : un lapsus est un mot (ou un morceau de phrase) dit à la place d'un autre et dont on sûr qu'il s'agit d'une « erreur », qu'elle ne signifie rien. Ex : « Je vous en prie, entrez, vous êtes les malve... heu... les bienvenus. » Phrase anodine à première vue, qui risque peut-être de faire rire les invités, mais peut très bien aussi les faire fuir comme s'ils avaient deviné votre intention profonde. Les lapsus ne sont pas toujours aussi éloquents que cet exemple, car la plupart du temps ils passent inaperçus. Mais dans tous les cas ils sont une expression indirecte de l'inconscient, càd que pendant que le sujet parle, un autre discours, située à l'arrière-plan et dont il ne sait rien, se construit simultanément, c'est un peu comme si deux phrases à un moment donné se bousculaient, l'une consciente, l'autre pas, avec comme résultat, un lapsus, comme surgissement d'une partie du discours inconscient. Ce discours inconscient peut, comme dans ce cas, être à l'opposé du discours conscient. Ceci peut mettre le Moi dans l'embarras le plus total.

Le rôle du psychanalyste est de relever ce genre de discours, vu d'une part que le sujet ne l'entend souvent pas lui-même, et que d'autre part il est un témoignage de l'inconscient. L'analyste ne fait que relever le lapsus, c'est toujours au sujet à en trouver l'origine et à l'interpréter.

- Les oublis : Ce qui a été dit à propos des lapsus reste valable pour les oublis. Je résumerais en disant : « il y a des choses qu'on n'oublie pas par hasard » Il suffit en général d'en constater les conséquences : celui qui oublie de fêter l'anniversaire de sa compagne adorée, aura du mal à se défendre lorsqu'elle prétendra que c'est un signe d'indifférence à son sujet, ou qu'il ne l'aime pas vraiment Et quelque part elle est dans le vrai mais lui aussi, puisque son oubli exprime peut-être son désir inconscient, qui serait d'en finir avec elle

- Les actes manqués : les objets cassés par hasard mais dont ne voulait plus ; avoir un accident d'auto juste après avoir visité le salon et rêvé sur un nouveau modèle ; se montrer tellement maladroit à faire la vaisselle qu'on n'ose plus vous le demander ; se tromper de prénom en appelant sa compagne juste quand on voulait lui avouer son infidélité ; envoyer un relevé des travaux effectués en noir au contrôleur fiscal au lieu de l'entrepreneur ; etc. Tous ces actes si facilement qualifiés d'actes « malheureux » ou de « malheureux hasard », tombent quand même à point nommé, comme s'il s'agissait, sur le plan de l'inconscient, d'actes non pas manqués, mais réussis.

- Les rêves : le rêve est la voie royale qui mène vers l'inconscient, disait Freud, car il possède quelques avantages par rapport aux lapsus, oublis et actes manqués. Lorsque vous rêvez, les autres n'en savent rien, ils ne sont pas témoins de votre maladresse ou de vos lapsus. Vous pouvez exprimer vos désirs inconscients dans le rêve sans que les autres n'en sachent rien, et ne peuvent donc rien vous reprocher. Mais il y a un hic, c'est que, à moins d'avoir suivi une psychanalyse, vous aussi n'en savez rien ! Les rêves sont, la plupart du temps, à ce point « déformés » que même le rêveur ne peut y voir la réalisation d'un désir inconscient. Alors que, toujours selon la théorie Freudienne, au plus un rêve a l'air confus, indéchiffrable ou cauchemardesque, au plus il est important, et au plus il est le témoin des désirs, inconscients toujours, les plus profonds.

En d'autres mots, pas de psychanalyse sans interprétation de rêves.

- Les symptômes névrotiques et maladies psychosomatiques : Il est moins évident d'expliquer, simplement, qu'une maladie puisse être une forme d'expression de l'inconscient, au même titre que les lapsus, les actes manqués, etc., mais en quelques mots, on peut essayer de le comprendre ainsi : on peut faire une dépression, une migraine, une crise d'épilepsie, une extinction de voix, une perte de connaissance, devenir frigide, impuissant, ou tout autre symptôme, quel qu'il soit, pour différentes raisons : d'une part, rendons à la médecine ce qui lui appartient, pas de maladie sans corps, pas d'infection sans microbe, pas d'infarctus sans lésions, pas de cancer sans cellules cancéreuses D'autre part, certains symptômes ou maladies « tombent bien » comme on dit couramment : une extinction de voie juste avant un examen oral, un mal au dos juste avant un travail lourd, une impuissance se manifestant uniquement en cas d'infidélité, etc. Dans ce dernier exemple, personne ne croira que c'est le pénis qui est malade, il semble clair que c'est la culpabilité ressentie de part son infidélité qui est la cause de son impuissance, et la culpabilité, ce n'est pas un « organe », ça se passe « dans la tête », càd que la tête (comprenons l'inconscient) dit non à l'infidélité de ce Monsieur. Le contraire est tout aussi possible : impuissance avec son épouse, mais super-viril avec une prostituée, et, pourquoi pas, impuissant avec une maîtresse, car il ne s'agit pas d'une prostituée



L'inconscient « parle », mais il utilise pour cela un langage que le sujet ne peut comprendre spontanément sans l'aide d'une psychanalyse.

 

--- © Ilmi Manuka ---




"Tout désir, même celui de parler, est un désir de vivre."

Hubert Aquin (1929- 1977)


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