Le complexe d'Oedipe


Oedipe devant le sphinxSi Freud est devenu si incontournable dès qu'on parle psy, c'est qu'il est resté de lui ce fameux complexe d'Oedipe qui a tant fait scandale vers les années 1900 où Freud avait l'air de prétendre que nos chers petits enfants, à peine sortis du ventre de leur mère, avaient déjà une sexualité, et, comble de tout, que Freud lui-même a qualifiée de « perverse et polymorphe ! »  Avec le complexe d'oedipe il va un peu plus loin, en prétendant que les enfants veulent coucher avec le parent du sexe opposé et souhaitent la mort du parent de même sexe. Freud savait très bien ce qui l'attendait, il fut accusé de corrompre l'innocence de l'enfance. Actuellement on l'aurait probablement accusé d'encourager la pédophilie? Chose quasi faite d'ailleurs, puisque certains pédophiles se basent sur Freud pour prétendre « aider les enfants à réaliser leurs désirs? ce sont les enfants les réels pervers, puisque Freud l'a dit ! »

La reconnaissance de ce complexe à probablement fait que les choses ont évolué depuis lors, et si un petit garçon de 4-5 ans  dit : « Quand je serai grand,  et que papa sera mort, j'épouserai maman?», ou bien si une petite fille se met du rouge à lèvres de maman, prend son sac à main, met ses hauts talons pointure 38 et demande à papa si elle lui plaît? on aura plutôt tendance à en rire gentiment. Les idées de la psychanalyse freudienne ont déjà fait un tel chemin, qu'on ne gronde plus ses enfants pour ça, de même qu'on ne menace plus nos petits garçons de couper leur zizi si on les surprend à « jouer un peu avec » dans leur lit ou sous la table. Ce qui avant choquait, fait actuellement sourire. Et pourtant? le fait de banaliser la situation, aux yeux des adultes instruits, n'empêche en rien la violence du vécu intérieur inconscient des enfants !

Mais il y a quelques détails qui échappaient, et qui échappent encore trop souvent de nos jours: d'une part, ce complexe est en général tout à fait inconscient, càd que l'enfant n'en a jamais rien su ou l'a complètement oublié (refoulé); d'autre part, ce complexe est surtout à prendre au second degré. Il ne s'agit pas simplement, comme on le pense couramment de l'amour pour l'un des parents et la haine envers l'autre. Les conséquences, sur le plan symbolique, du conflit oedipien sont fondamentales pour l'avenir de l'enfant. Il s'agit en fait de ceci : le petit enfant, tant le garçon que la fille, est confronté à une situation qui l'oblige, dans le meilleur des cas, à remettre en question son vécu d'avant l'?dipe, càd la relation qu'il avait avec sa mère (ou son substitut). Le père est celui qui perturbe, si je puis dire, la relation privilégiée que l'enfant entretenait avec sa mère. Et ce, d'autant plus si celle-ci se montre très protectrice et accorder « le maximum d'attention » à son enfant. Le « père » passe toujours au second plan, qu'il le veuille ou non. C'est un peu comme si l'enfant percevait son père à travers le regard de sa mère; en d'autres mots, le père n'aura de réel accès à son enfant qu'à travers la mère, il faut que quelque part la mère « présente » le père à l'enfant pour que celui-ci le reconnaisse. Cela signifie que si la relation mère-enfant est trop « fusionnelle », comme on dit, et que le père est complètement ignoré dans les dires de la mère, les conséquences pour l'enfant peuvent devenir dramatiques, sur le plan de la construction de sa personnalité. Il risque de stagner dans cette relation fusionnelle à la mère, et ne rien pouvoir « voir » d'autre que sa mère.

Le rôle de « père », entre guillemets, est joué par celui qui, directement, en imposant sa présence ou indirectement, en passant par la mère qui parle de lui (ce rôle peut donc même être joué par un père absent physiquement, ou bien joué par un substitut, même par une femme), et arrive à ce que l'enfant s'aperçoive de la présence d'un « tiers ». A partir de là, c'est l'imaginaire de l'enfant qui se met en route: il ne va pas regarder d'un bon oeil ce tiers qui l'arrache à sa mère, ou bien cette personne que sa mère lui présente comme étant son père, c'est à dire quelqu'un avec qui elle passe toutes ses nuits? comme si l'enfant n'était pas la préoccupation exclusive de sa mère. Si la mère se retourne si souvent vers le père, en en parlant ou en allant le rejoindre, plonge d'une part l'enfant dans un grand désarroi, par peur d'être abandonné, mais lui permet aussi d'ouvrir les yeux vers le monde extérieur à la mère, et « d'envier » cet autre qui lui chipe sa mère. Il se met à "désirer" quelque chose, càd qu'il perçoit un manque en sa personne et cherche à le combler. L'enfant, qui jusque là était « comblé » par sa mère, càd satisfait sans même qu'il n'ait vraiment à le demander, le voilà maintenant qu'il se met à désirer.

Le « père », quant à sa fonction, est celui qui ouvre l'enfant à la loi du désir. On peut parler de loi, car désirer, en-dehors de la mère, signifie quitter quelque peu celle-ci, càd quitter le rapport « incestueux » dans lequel il vivait, pour se retrouver soumis au désir qui, en fin de compte, ne pourra jamais être satisfait pleinement (heureusement). Même si l'entrée dans le monde du désir peut être considérée comme une évolution « favorable » pour le psychisme de l'enfant (car sortir de la relation fusionnelle d'avec la mère c'est aussi quitter la psychose), il n'empêche qu'on garde tous des traces de cette relation antérieure. Lors de coups durs, nous pouvons « régresser », càd reprendre nos vieilles habitudes d'antan, cela se manifeste de différentes manières dans notre comportement : pleurer (= après maman) ; tomber malade, faire une dépression (= maman-docteur va me soigner) ; ne plus savoir travailler (= maman-sécurité sociale va s'occuper de moi), etc. Ces périodes de régressions ne sont pas forcément négatives pour le sujet, cela peut lui permettre de se « ressourcer » quelque peu avant de repartir au combat. Si ces périodes sont trop fréquentes ou mal supportées par le sujet à la longue (perte d'emploi, échecs relationnels répétés, crises d'angoisses, etc.), l'intervention d'un psy peut s'avérer utile.

 




"Tout désir, même celui de parler, est un désir de vivre."

Hubert Aquin (1929- 1977)


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